Tous les six mois, un gars vient me voir, plein d'espoir, persuadé qu'avec 30 000 € il peut ouvrir son kebab. Il a vu ça sur un blog « business plan en 5 minutes ». Il a fait un Excel sur Google Sheets. Il pense déjà à la marque.
Je le regarde, et je lui dis la même chose à chaque fois : « Tes 30 000, ils vont durer trois semaines. »
J'ai aidé une trentaine de commerçants à ouvrir leur boîte en Île-de-France et dans l'Oise ces deux dernières années. Pas tous des kebabs, mais beaucoup. Je vais te montrer les vrais chiffres, ceux que les sites de business plan oublient de mentionner parce qu'ils veulent te vendre un PDF à 49 €.
Spoiler : un kebab « honnête » en 2026, c'est entre 55 000 € et 95 000 € tout compris, selon ta ville et tes prétentions. Et je vais te dire poste par poste pourquoi.
1. Le local : là où le rêve s'effondre en premier
C'est le piège n°1. Tous les blogs te disent « compte un loyer de 1 500 € à 2 500 € par mois ». Je vais te dire le vrai souci, c'est pas le loyer.
C'est le droit au bail (ou « pas-de-porte »).
Tu veux un emplacement passant en centre-ville, sortie de métro, à côté d'un lycée ? Le proprio précédent le sait, et le bailleur aussi. Quand tu reprends un bail commercial existant, on te demande un droit d'entrée. Ce droit, ça peut aller de 8 000 € pour un emplacement moyen en banlieue jusqu'à 80 000 € pour un local plein centre Paris.
Concrètement, en 2026, tarifs vus en direct :
- Sevran, Pavillons-sous-Bois, Aulnay : droit au bail entre 12 000 € et 25 000 €, loyer 1 800–2 500 € HT/mois
- Beauvais, Compiègne, Senlis : droit au bail entre 6 000 € et 15 000 €, loyer 1 200–1 800 € HT/mois
- Paris intramuros (10e, 18e, 19e, 20e) : droit au bail 40 000–80 000 €, loyer 3 500 € HT/mois minimum
- Petite ville de moins de 30 000 habitants : tu trouves parfois sans droit au bail, mais le passage est plus faible
À ça tu ajoutes la caution = 3 mois de loyer HT. Donc sur un local à 2 000 € HT, tu sors 6 000 € en plus.
Et il y a un truc que personne ne te dit : il y a souvent des travaux obligatoires que le bailleur te refile (mise aux normes électrique, vitrine, accès handicapé). Compte 5 000–15 000 € selon l'état du local.
Total réaliste poste « local » : 20 000–60 000 € selon ta ville.
Si tu vises Paris ou la première couronne et que tu n'as pas 50 000 € rien que pour entrer, oublie. Va dans une ville moyenne. C'est moins glamour, mais ton kebab à Beauvais avec 8 000 € de droit au bail va te générer plus de marge qu'un kebab à Belleville avec 60 000 € à amortir sur 9 ans.
2. Les machines : le grec, l'extraction, et l'autre piège
Là, on rentre dans le concret. Liste des machines incompressibles :
- Une grilleuse à kebab verticale : 1 200 € pour une 4 brûleurs, 2 200 € pour une 6 brûleurs. Prends la 6, le rendement justifie le surcoût en moins de 3 mois.
- Une plaque à snacker : 600–900 €
- Une friteuse double bac : 800–1 200 €
- Un four à pizza ou panini : 1 500–3 500 € selon que tu fais pizza ou pas
- Une chambre froide positive : 1 800–3 000 €
- Un congélateur coffre : 500–800 €
- Une machine à boissons fraîches (sodas pression) : 0 € si Coca te la prête contre un contrat 3 ans, sinon 2 500 €
- Une caisse enregistreuse certifiée NF525 : 1 200–1 800 € (obligatoire depuis 2018, oublie pas)
Sous-total machines : 8 000–16 000 €.
Maintenant, le truc dont personne ne parle assez : l'extraction et la ventilation.
Si le local n'a jamais été un resto avant, tu vas devoir installer ou refaire la hotte de cuisine + le conduit d'extraction + le caisson moteur en toiture + le bac à graisse. Le devis moyen en 2026 : 8 000 € à 18 000 € selon la longueur du conduit et l'accès au toit.
Si l'immeuble est en copropriété, tu dois aussi faire voter ça en AG. Si ça ne passe pas, tu ne peux pas ouvrir. J'ai vu un gars perdre 14 000 € de travaux à Saint-Denis parce qu'il n'avait pas fait voter l'extraction avant.
Vérifie l'extraction avant de signer le bail. Toujours.
3. Le mobilier, la déco, et l'enseigne (où il faut arrêter de vouloir faire le malin)
Tu n'es pas en train d'ouvrir un restaurant gastronomique. Le mobilier kebab, c'est :
- 6 à 10 tables hautes ou basses : 80–150 € pièce. Compte 1 000–1 500 € total.
- 20 à 30 chaises : 30–60 € pièce. 800–1 500 €.
- Comptoir d'encaissement : 1 200–2 500 € si tu le fais sur mesure, 600 € si tu prends un modulaire IKEA business.
- Étagères murales, présentoirs boissons, micro-ondes, plonge inox : 1 500–2 500 €.
L'enseigne extérieure, c'est entre 1 500 € (lettres adhésives sur vitrine) et 8 000 € (caisson lumineux LED + panneau drapeau). Plus la déclaration préalable en mairie (gratuit mais 2 mois de délai parfois). Plus la TLPE (taxe locale sur les enseignes) entre 150 € et 800 €/an.
La déco intérieure, c'est là que les gens flambent. Je vois souvent des mecs qui dépensent 8 000 € en cuisines avec faïence métro, papier peint brique, néons LED roses. C'est joli. Tes clients s'en foutent. Ils veulent que ton sandwich soit chaud et bon. Mets 2 500 € max sur la déco, garde 5 500 € pour ton fonds de roulement.
Sous-total mobilier + enseigne + déco : 7 000–15 000 €.
4. Les frais « invisibles » qui te tombent sur la tête
Là, on rentre dans la partie qu'aucun blog ne détaille parce que c'est chiant, mais qui plombe les budgets serrés.
- Création de la société (SAS, SARL) : 200–800 € si tu fais en ligne. Notaire si tu veux du sur-mesure : 1 500–2 500 €.
- Capital social minimum : symbolique 1 € pour SAS, mais une banque te prêtera pas sans 5 000–15 000 € d'apport minimum.
- Permis d'exploitation alcool (si tu vends de la bière) : 230–280 € + 3 jours de formation.
- Formation HACCP (obligatoire pour la restauration) : 250–400 € pour 14h. Au moins une personne par établissement.
- Assurance multirisque pro : 700–1 400 €/an. Compte 1 trimestre d'avance, donc 200–400 €.
- Assurance perte d'exploitation : 400–800 €/an. Indispensable si tu veux dormir.
- RC pro : 250–500 €/an.
- Licence de débit de boissons à emporter : gratuite mais déclaration mairie obligatoire.
- Adhésion CFE : 50–150 €.
- Logiciel de caisse + abonnement : 30–80 €/mois après l'achat initial. Compte 6 mois d'avance : 180–480 €.
- Comptable : 1 500–2 500 €/an minimum. Compte 600 € de provision.
- Site web + Google Business Profile setup : 0 € si tu fais toi-même, 800–1 500 € si t'as la flemme.
- Frais bancaires pro première année : 200–400 €.
Sous-total frais invisibles : 4 000–8 000 €.
Et là je n'ai même pas mis les amortissements. Et je n'ai pas mis le temps que tu vas passer en démarches admin avant ouverture (compte 2 à 4 mois minimum).
5. Le fonds de roulement : LA différence entre survivre et fermer en 8 mois
C'est le poste où 90% des nouveaux gérants se plantent.
Tu ouvres ton kebab. Tu fais 80 € de chiffre le premier jour. Et le deuxième. Et le troisième. Pendant les 3 à 6 premiers mois, tu ne couvres pas tes charges. Si tu n'as pas de réserve, tu coules.
Le fonds de roulement minimum à prévoir, c'est :
- 3 mois de loyer + charges + électricité + eau : 6 000–10 000 €
- 3 mois de matière première stock initial + réapprovisionnement : 3 000–6 000 €
- 3 mois de salaire si tu prends un commis dès l'ouverture : 5 000–7 000 € (SMIC + charges)
- 3 mois de tes propres ponctions perso : 0–6 000 €
Sous-total fonds de roulement : 14 000–29 000 €.
Si tu ouvres sans ce coussin, tu travailles dans la peur dès le premier mois. Et la peur, ça se voit dans ton service. Les clients reviennent pas.
6. Le total honnête
Voilà ce que ça donne en additionnant, pour 3 profils types :
| Poste | 🟢 Petite ville (Beauvais, Senlis) | 🟡 Banlieue 93/95 | 🔴 Paris intra-muros |
|---|---|---|---|
| Local (bail + caution + travaux) | 18 000 € | 35 000 € | 75 000 € |
| Machines + extraction | 16 000 € | 22 000 € | 28 000 € |
| Mobilier + enseigne + déco | 8 000 € | 11 000 € | 14 000 € |
| Frais invisibles | 5 000 € | 6 000 € | 7 000 € |
| Fonds de roulement | 14 000 € | 20 000 € | 28 000 € |
| TOTAL | 61 000 € | 94 000 € | 152 000 € |
C'est dur à entendre, mais c'est plus juste que le « 30 000 € suffisent » qu'on te vend sur les forums.
La bonne nouvelle ? Un kebab bien placé en petite ville peut faire 4 500 € à 7 000 € de chiffre par jour en cumulé midi + soir + week-end, avec une marge brute autour de 65–70%. Tu rembourses ton invest en 18–30 mois si tu gères bien.
La mauvaise nouvelle ? 40% des kebabs ouverts en 2024 étaient fermés ou en redressement en 2026. Et 80% de ces fermetures, c'est pas la qualité du produit. C'est le fonds de roulement insuffisant + la mauvaise gestion des avis clients dès les premiers mois.
La vraie question à te poser avant de signer
Pas « est-ce que j'ai 50 000 € ? ». Mais :
- Est-ce que mon local a déjà une extraction homologuée ? (ça change 15 000 € sur ton budget)
- Est-ce que je sais combien de kebabs vendent les concurrents à 500 m autour ? (vas-y le midi entre 12h et 13h, compte les sacs qui sortent)
- Est-ce que j'ai 3 mois de cash de côté en plus de mon invest ? (sinon, fais l'invest plus tard)
- Est-ce que je sais répondre à un mauvais avis Google sans m'énerver ? (parce que tu vas en avoir, et c'est ce qui tuera ou sauvera ta boîte les six premiers mois)
Le dernier point, c'est celui que les blogs business plan zappent toujours. Pourtant, en 2026, 94% des nouveaux clients d'un fast-food regardent les avis Google avant d'entrer. Une note à 3,9 vs 4,5, c'est facilement 30% de chiffre en moins.
Sur ce point précis, j'ai écrit d'autres guides : Comment obtenir 200 avis Google par mois sur ton restaurant et Gamification avis Google : ce qui marche vraiment. Lis-les avant d'ouvrir, pas après.
Pour aller plus loin
- RushUp pour kebabs : tout ce qui marche en 2026
- Méthode 200 avis Google par mois
- Les avis incités sont-ils vraiment authentiques ?
- DGCCRF : c'est légal d'offrir un cadeau ?
- Audit gratuit de ta fiche Google Business
Si tu prépares ton ouverture, mon conseil le plus honnête : prends 15% de marge sur ton budget total, achète moins beau mais plus fiable, et garde le cash pour les 6 premiers mois. C'est plus important que le caisson lumineux.
Bonne ouverture. Et envoie-moi une photo le jour J — j'aime bien voir les nouveaux qui se lancent. Moi c'est Malik (06 51 98 16 14 sur WhatsApp), je traîne sur rushup.fr.
— Malik
Sources : observations directes sur 30+ ouvertures de fast-food urbain en Île-de-France et dans l'Oise (2024-2026), devis collectés par les commerçants RushUp, chiffres INSEE restauration rapide France 2025-2026.